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Colette Césaire

Une rencontre. Un choc.

Jean-Georges Chali : Colette, peux-tu te présenter et nous dire quelques mots pour que le public fasse ta connaissance ?

Colette Césaire  : Je m’appelle Colette Césaire. Je suis née en 1976 et je suis professeur de lettres modernes au lycée Joseph Gaillard. J’ai été amenée à découvrir l’œuvre de Césaire à l’âge de 19 ans, en lisant le Cahier d’un retour au pays natal. Depuis, je n’ai eu de cesse de m’intéresser à cet auteur qui est pour moi, et pas seulement pour moi d’ailleurs, l’un des plus grands certainement.

Jean-Georges Chali : Tu rencontres Césaire à travers le Cahier d’un retour au pays natal. Parle-nous donc de cette rencontre ? Cela a-t-il été difficile ?

« Quand je l’ai lu à voix haute, j’ai entendu un rythme, j’ai entendu Césaire. »


Colette Césaire  : J’ai découvert Césaire alors que je faisais des études de lettres modernes à Paris. En tant que Martiniquaise, j’avais un peu honte de n’avoir jamais lu l’un des plus grands auteurs martiniquais et l’un des plus célèbres de la littérature mondiale. J’ai découvert le Cahier de manière tout à fait intéressante. D’abord j’ai été stupéfaite par la difficulté du premier texte que j’ai lu. Je n’y ai strictement rien compris. J’ai fermé le livre. Je l’ai rouvert tout de suite après et j’ai décidé de le lire à voix haute. La première rencontre a donc été une rencontre choc. Quand je l’ai lu à voix haute, j’ai entendu un rythme, j’ai entendu Césaire. Je le lisais, mais surtout, je l’entendais. Et puis, j’ai eu du mal à comprendre le vocabulaire, comme beaucoup de lecteurs de Césaire. Difficultés à comprendre l’univers du poète, qui m’était étranger. Un univers tout à fait différent de celui dans lequel j’avais grandi.

Je n’ai pas grandi dans un environnement de gauche, de résistance.Je n’ai pas grandi dans un environnement anticolonialiste, ni dans un environnement militant, sensible au racisme et aux injustices du monde. Je découvrais cela avec Césaire et j’ai mis du temps à comprendre son univers et celui du Cahier. J’ai mis du temps également à comprendre que c’était une réflexion sur ce que signifiait « être noir ». Arrivée à Paris, je me trouvai confrontée au racisme, mais pas de manière brutale, un racisme plutôt subtil. J’étais en classe préparatoire aux grandes écoles, dans un environnement scolaire privilégié. Mais aussi, un environnement qui me permettait de rencontrer des jeunes de pays différents, avec des préoccupations nouvelles. Un environnement complètement neuf, et le Cahier d’un retour au pays natal accompagnait justement cette découverte personnelle que j’étais en train de faire à l’école, pendant mes études. Cela a été vraiment un choc pour moi. Un choc littéraire et un choc idéologique parce que je découvrais les humiliations du peuple noir. Je savais que je faisais partie d’un peuple qui avait été esclave, mais cela ne voulait pas dire grand-chose pour moi. Je savais que j’étais noire et que le racisme existait, mais ne l’ayant pas vécu dans ma chair, je n’avais pas vraiment réfléchi à la question.

Donc la lecture du Cahier d’un retour au pays natal, la rencontre avec cette œuvre, furent pour moi bouleversantes parce que j’étais à un moment de ma vie où je commençais à me poser des questions et le Cahier lui aussi posait des questions et y répondait. Finalement, ma rencontre avec Césaire a été déterminante : elle m’a permis de mettre des mots sur des choses qui étaient confuses en moi. Bien évidemment, cette métamorphose ne s’est pas faite en un jour. Ce fut une rencontre d’abord esthétique et littéraire, puis une rencontre intellectuelle et idéologique. J’ai trouvé mon chemin et choisi mon camp idéologique. J’ai rompu avec une partie de mon éducation. Je me suis construite et suis devenue adulte.

Une initiation.

Jean-Georges Chali : Tu as dit que tu avais eu cette difficulté avec le texte écrit et la lecture silencieuse. Tu as dit aussi que tu n’étais pas forcément à même de comprendre ce que tu lisais. En conséquence, à ce moment, tu mets en place un autre processus pour découvrir le texte de Césaire. Quel est-il ?

« J’ai donc pris le parti d’écrire chaque mot de vocabulaire inconnu et tous les quinze mots, je m’arrêtais et consultais le dictionnaire. »


Colette Césaire : Bien entendu, la lecture à voix haute a été un premier processus, comme tu dis. Puis, il a fallu faire une recherche lexicologique. Donc, il s’est agi de trouver une méthodologie, de partir en quête du sens. Pour cela, il y avait quelque chose de simple à faire, mais qui était en même temps long et parfois fastidieux, car il fallait relever des mots de vocabulaire inconnus. J’ai donc pris le parti d’écrire chaque mot de vocabulaire inconnu et tous les quinze mots, je m’arrêtais et consultais le dictionnaire. A ma grande surprise, tous les mots ne se trouvaient pas dans mon dictionnaire. Nouveau choc ! Je me posais la question de savoir qui était cet auteur qui me parlait avec des mots que je ne connaissais pas ! Le dictionnaire à la maison étant limité, je suis allée en bibliothèque, j’ai pris des dictionnaires et j’ai cherché. J’étais persuadée que c’était un passage obligé, obligatoire, pour accéder au sens. Et là, j’ai compris, mais des années plus tard, que, finalement, la poésie est une affaire d’initiation. Il faut accepter d’entrer en poésie. Et pour entrer en poésie, il faut se taire au monde quotidien, au monde trivial, pour entrer au plus profond de soi-même. Pour s’ouvrir à autre chose. Ensuite, j’ai compris que Césaire et les grands auteurs, les grands poètes, ne se laissent pas appréhender facilement. Ils ne se livrent pas d’un coup, d’un seul ! Ils ont surtout une très grande exigence intellectuelle. Les gens reprochent beaucoup à Césaire la difficulté du lexique, mais je crois que cette difficulté se justifie aussi par le fait que nous devons souffrir un peu quand même pour accéder à la pensée haute. La poésie est un mystère, la poésie est une magie et on n’accède pas facilement au mystère ! Il faut se casser un peu la tête ! J’ai compris aussi que cette expérience que j’avais eue avec le lexique voulait dire que la réflexion, la compréhension du monde, la pensée rigoureuse, ne s’acquièrent pas en un jour. Il faut faire des efforts pour devenir un être humain accompli ! Si tu veux, la recherche du lexique a représenté une véritable épreuve initiatique.

Jean-Georges Chali : Toutefois, lire Césaire, est-ce aller chercher le sens dans le texte écrit, ou ne seraient-ce pas plutôt la musicalité, la tonalité, la voix qui donneraient du sens au texte ?

« L’émotion donne du sens ! »


Colette Césaire : Eh bien, ce sont les deux ! La poésie est affaire d’émotion. Rythme, écoute, dimension orale : tout cela, à mon avis, fait surgir l’émotion. Le sens des mots peut ne pas être immédiatement perçu, mais l’émotion donne tout de même du sens à l’ensemble. On est bouleversé. Être bouleversé, cela a du sens. Etre bouleversé,cela veut dire être sensible à ce qui est dit. Etre sensible, ça veut dire être touché, se sentir concerné. Mais ce qu’il y a de particulier avec Césaire, c’est qu‘il ne fait pas de la poésie pour faire de la poésie. Dans le Cahier d’un retour au pays natal, il y a une dimension argumentative : cette poésie est engagée, au service d’une revendication. Donc, l’analyse des mots du texte est importante et l’écoute du texte, l’émotion suggérée par le texte sont importantes aussi. C’est peut-être ce que j’ai pressenti en découvrant le Cahier, puisque je faisais les deux. Alors, bien sûr, je suis entrée dans le Cahier avant tout par la lecture à voix haute, c’est-à-dire par l’émotion. Après, j’ai compris quand même qu’il fallait mettre des mots sur cette émotion. Je suis émue, certes, mais pourquoi, à cause de quoi ? Certains trouvent qu’il ne faut pas toujours chercher le sens des mots, qu’il ne faut pas toujours chercher à expliquer mot à mot. Peut-être pas au début, mais il y a un moment où il faut tout de même en passer par là ; sinon, on passe à côté de quelque chose et notre compréhension du texte est réduite et incomplète, puisqu’on n’a pas toutes les clefs. Et c’est dommage ! Il ne faut pas en rester à la seule émotion, même si c’est le propre de la poésie que de bouleverser le champ émotionnel du lecteur. Car enfin, la poésie de Césaire dit quelque chose !

Jean-Georges Chali : Tu te définis comme une « femme noire » et aussi comme une « femme nègre ». Quelle est la différence, pour toi, entre noir et nègre ?

« Être nègre ce n’est pas forcément une couleur de peau.Un Vietnamien peut se sentir nègre. Un Algérien peut se sentir nègre. »


Colette Césaire : Être nègre, c’est beaucoup plus vaste qu’être noir. Césaire, dans le Discours sur la négritude, dit qu’être nègre, ce n’est pas forcément une couleur de peau. Être noir, c’est avoir la peau noire, c’est une couleur de peau. Etre nègre, c’est se sentir fraternel avec les peuples qui ont souffert et qui souffrent encore. C’est-à-dire qu’être nègre, c’est être sensible aux souffrances du monde. Être nègre, c’est être engagé au service de la dénonciation des injustices et de l’exploitation des êtres humains. Être nègre, c’est vouloir changer la société, c’est vouloir améliorer la condition des êtres humains. C’est tout cela, être nègre. C’est un mot qui est très fort. La Négritude est un concept qui réhabilite le mot « nègre » parce que ce mot n’a pas toujours été bien perçu dans la langue française. Dans la langue anglaise non plus, du reste. « Nigger » en anglais, c’est une insulte ! Donc, le mot nègre (Césaire écrit d’ailleurs un poème à ce sujet, dans Cadastre, intitulé « Mot ») a été un mot sale. De même aujourd’hui, je suis frappée de voir que certaines personnes ont du mal à employer le mot « noir » : ils disent « je suis black ». Mais il y a un mot en français : noir. Black, ça a l’air moins laid. Pour ma part, je trouve que le mot « noir » est beau et que le mot « nègre » est encore plus beau parce que nègre devient un mot universel. Un Vietnamien peut se sentir nègre. Un Algérien peut se sentir nègre.

Donc, je suis une femme noire, puisque ma peau est noire. Et je suis une femme nègre parce que je suis engagée, idéologiquement et politiquement. À mon avis, il faut également être nègre quand on est noir !

Mon travail.

Jean-Georges Chali : Tu parles de ton engagement en tant que femme noire et en tant que femme nègre. Voilà une juste transition qui nous permettra de parler de ton travail.

Colette Césaire : Je veux faire vivre l’écriture et la pensée de Césaire. Pendant longtemps, Césaire a été écarté, malmené. Beaucoup ont dit que son écriture était hermétique, n’est-ce pas ? Difficile à comprendre. Je voudrais pouvoir réconcilier -j’emploie le mot volontairement - les Martiniquais en particulier, et les autres peuples en général, avec l’œuvre de Césaire. C’est un engagement esthétique, parce qu’il faut prendre conscience et faire prendre conscience que cette écriture est magnifique.Et puis, la pensée césairienne est d’actualité. Elle n’est nullement ringarde.Ce qui me plait beaucoup chez Césaire, c’est que c’est un auteur qui a refusé de se couper du monde et des préoccupations du monde. C’est un homme qui n’a eu de cesse d’observer l’évolution historique et sociologique du peuple martiniquais. Je voudrais vraiment donner à entendre cette écriture et cette pensée à tous les publics.

Je crois aussi qu’il s’agit d’honorer des figures importantes de notre histoire martiniquaise.Et aussi, de redonner aux gens la capacité à être choqués. Ce que j’admire beaucoup chez Césaire (et chez d’autres écrivains), c’est qu’il nous rappelle qu’il est nécessaire de s’indigner et de ne pas accepter l’inacceptable. Souvent après les conférences, il y a des gens qui me disent : « Mais c’est un acte militant, votre conférence ! ». Eh bien oui, c’est un acte militant !

La société nous empêche de développer toutes nos capacités intellectuelles et artistiques. En étudiant Césaire, j’ai aussi appris et compris que l’être humain ne se limite pas à une compétence, ni une qualité. C’est pour cela que je ne suis pas seulement une enseignante, pas seulement une conférencière, ni uniquement une comédienne, ni uniquement un metteur en scène. Mais tout cela à la fois. Et ce sont tous les potentiels, toutes les possibilités de l’être humain, que j’essaie de repérer parmi mes élèves et que je m’efforce d’encourager dans le cadre de mon métier.

Jean-Georges Chali : Peux-tu nous dire à qui tu t’adresses et en quoi consiste ton travail de comédienne en particulier ?

Colette Césaire : D’abord, mon travail consiste à mettre en voix les textes de Césaire. Il s’agit de dire à haute voix les textes, en rendant compte, le plus justement possible, de la tonalité contenue et exprimée dans le texte. Que ce soit la poésie, les discours politiques, les essais ou le théâtre. Mettre en voix, c’est un exercice physique, mais c’est aussi un exercice intellectuel. Je m’explique : une mise en voix, c’est l’aboutissement d’une étude minutieuse, méticuleuse, du texte. J’ai étudié Césaire mot à mot, ligne par ligne. Césaire ne se lit pas, ne se dit pas comme n’importe quel auteur. Il demande - on en a parlé tout à l’heure - une initiation, une investigation.C’est une quête. Quête de toutes les potentialités contenues dans le texte. Quête du sens. Mais aussi quête des images, quête des émotions, du rythme, de la respiration. Comment je respire ? Où je respire dans le texte ?

Lorsque les gens sont muets ou lorsque les gens respirent avec moi, lorsqu’ils ont cette réaction bien de chez nous, « Mmmh… ! », tu sais, ce petit bruit-là, je sais que j’ai réussi ! Lorsque les gens pleurent, lorsque les gens se tiennent la bouche ou la tête, je sais que j’ai réussi ! C’est-à-dire qu’il se passe quelque chose. Césaire dit dans le Cahier : « Ne vous tranquillisez pas outre mesure. ». L’écriture césairienne est une écriture qui ne doit pas laisser tranquille. A aucun moment. Donc, tu vois, mon travail de comédienne s’attache à mettre en voix les textes, de telle sorte de rendre accessible à tous la pensée de Césaire.

Travailler Césaire, c’est être exigeant. Et c’est physiquement douloureux : cela me fait terriblement mal, parce que c’est émotionnellement terrible. Non seulement j’interprète Césaire, mais il se trouve que je suis en accord avec. Donc les images qu’il exprime, je les vois et je les ressens. Je ne suis pas une interprète détachée de son auteur. Les gens disent que je suis habitée par l’écriture de Césaire. Peut-être, je ne sais pas. En tout cas, ce que je sais, c’est que je comprends, j’entends, je vois et je ressens ce qu’il dit. Le public est souvent muet, à la fin de mes interprétations, non pas parce qu’il n’a rien compris, mais bien au contraire, mais parce qu’il a enfin compris.

Il est choqué aussi parfois de sa propre ignorance. Il se dit : « Mais comment ai-je fait pour rester loin de ce texte aussi longtemps ? Comment ai-je fait pour croire que c’était incompréhensible ? Comment ai-je fait pour être aussi paresseux ? ». Choqué aussi, parce que le spectateur a vécu un moment d’introspection. Mes spectacles produisent ceci de magique - je t’ai dit que la poésie est une magie - que le spectateur rentre en lui-même. Il y a même des moments où les gens me disent : « J’entendais, et puis, au bout d’un moment, je n’entendais plus parce que j’étais tellement plongé en moi-même que je ne vous entendais presque plus ; c’est-à-dire que je n’entendais plus exactement les mots que vous prononciez, j’entendais les images ». Tu vois, j’emploie ce vocabulaire exprès : entendre les images ! Au début, je croyais que les gens ne réagissaient pas parce que j’avais mal joué ou parce qu’ils n’avaient rien compris. Pas du tout ! L’émotion est puissante. J’ai aussi cette façon particulière de respirer les textes de Césaire, à tel point que des gens qui connaissent bien l’œuvre me disent ne jamais avoir entendu les textes comme cela. Je cherche à créer une atmosphère. Je cherche à me rapprocher du public et aussi à faire un travail sérieux de comédienne.

À la fin des spectacles et des conférences, beaucoup de gens me disent : « Je vais rentrer à la maison et je vais lire ». Et là, j’ai réussi, parce que cela veut dire qu‘il n’y a plus de distance entre Césaire et le public qui se sent capable désormais de prendre en charge le texte. Une telle réaction me ravit, car elle prouve que la magie a opéré !

Jean-Georges Chali : Tu dis que ton corps parle, qu’il est langage quand tu joues. Peux-tu nous en dire plus ?

« Elle n’a pas compris les mots en français, mais elle a compris le corps, la tonalité, et l’expression du visage. Dire Césaire, c’est un travail intense du corps. »


Colette Césaire : Tout mon travail consiste à maîtriser mon corps et à évacuer le geste facile. Je suis très influencée par la danse, notamment la danse contemporaine, et particulièrement par une chorégraphe allemande, malheureusement décédée il y a quelques années, et qui s’appelait Pina Bausch. Elle est, pour moi, un maître dans l’art d’exprimer les sentiments douloureux de l’être humain : le désespoir, la solitude, la tentation du suicide, l’incapacité à trouver le sens des choses, l’absurdité de l’existence, l’incapacité d’aimer et de fusionner. Je trouve que c’est une chorégraphe qui convient très bien à Césaire. Ils n’ont jamais travaillé ensemble, mais elle m’inspire beaucoup. Le corps doit exprimer le rythme. Le corps doit exprimer la douleur. Je cherche à faire en sorte que mon corps et l’expression de mon visage expriment toutes les tonalités de l’écriture césairienne : l’ironie, le sarcasme, la détresse, le désespoir, l’espoir, etc.

Une fois, j’ai joué le Cahier d’un retour au pays natal et il y avait dans l’assistance une jeune femme de langue anglaise, une Irlandaise, qui ne parlait pas un mot de français. Elle m’a dit à la fin (son mari a traduit en français) : « Je n’ai pas tout compris, mais j’ai compris l’énergie, la puissance du texte, et j’ai compris l’ironie ». Et là, vraiment, j’étais folle de joie parce qu‘elle n’a pas compris les mots en français, mais elle a compris le corps, la tonalité, et l’expression du visage. C’est aussi ce qui arrive quand je joue en présence d’enfants. Je crois que c’est grâce au langage de mon corps, qui éclaire finalement le texte, qu’ils entrent dans Césaire. Dire Césaire, c’est un travail intense du corps.

Jean-Georges Chali : Abordons maintenant la question de l’écriture et de la mise en scène. Quelles questions te poses-tu lorsque tu conçois tes spectacles ?

Colette Césaire :Tu sais que toute mise en scène est un choix et qu’on ne peut pas tout dire.

Première contrainte : la durée du spectacle. Je m’efforce de ne pas créer des spectacles trop longs, car l’émotion que je vais partager est tellement intense que je dois veiller à maintenir l’attention de l’auditoire.

Deuxième contrainte : lorsque je crée un spectacle, je me pose la question de savoir quel(s) aspect(s) du texte de Césaire je vais éclairer. Par quelle porte vais-je faire entrer le public dans le texte de Césaire ? Déroulerai-je une œuvre entière ou ferai-je un montage de textes ?

Autre contrainte : comment m’approprier l’espace ? Je demande toujours à voir le lieu bien à l’avance, car il m’influence. J’ai joué le Cahier d’un retour au pays natal dans un jardin, sous un arbre gigantesque, et de nuit. Tout, dans ce cas, prend une autre dimension. J’aime beaucoup l’idée de jouer Césaire en pleine nature, à la nuit tombée. Je trouve que la poésie, et particulièrement la poésie césairienne, prend une dimension incroyable dans la nature, à ciel ouvert.

Autre contrainte encore : je cherche à faire entendre toute la magie contenue dans l’écriture césairienne. Révéler le sens et la magie, de telle sorte que le public se dise : « Oh ! Il y a donc tout cela chez Césaire ?! ».

Entretien mené par Jean-Georges Chali, maître de conférences en littérature comparée et ethnolinguiste à l’U.A.G. (Université Antilles Guyane).